Pensées

Je suis SCHLAG !

Poème d’Abouda Mohand inspiré des œuvres de Hassane Amraoui.
Entre 2002 et 2003

Je suis le fils des mères inquiètes,
je suis pieds nus
devant vos sarcasmes
que la terre avale par ses crevasses
je sais le rythme de vos souffrances
et le temps des sécheresses.
Je suis venu
peindre le désert
avec des feuilles mortes
répandues en silence
par des hélicoptères.
Je suis venu
secouer la mer
avec des fils de soie
tendus au ras des, flots
par des pêcheurs de sel.
Je suis venu
raccourcir le temps
avec des instants fous
enfantés dans la nuit
sous une clarté noire.
Je suis venu
sauver la mémoire
avec des mots gardés
dans des grottes secrètes
par des ancêtres libres.
Je suis venu
pour savourer la chair du soleil.
Je suis là
pour brûler la lumière.
Rien ne peut mourir, mais tout peut disparaître.
La vie est un détail.

Je veux peindre
le vent stellaire des tribus,
et retrouver le monde frère.
Je veux partager ma douleur avec le ciel,
la paix avec les miens
et redonner la joie aux couleurs qui me l’ont confiée.
Je veux peindre les incertitudes et le doute,
ce qui anime l’ambigu du désir,
l’hésitation affairée, la fragilité de l’apparence.
Je veux peindre les révoltes, les refuges de l’innocence,

les mémoires perdues, les batailles à venir,
tout ce qui s’égare et libère la pensée,
la solitude au milieu de la, foule. L’esclave délivré.
Je veux qu aucun cri ne reste silence.
Je veux déranger les insomnies pour parfumer les blessures.
Je veux que l’on cesse de tuer les poètes,
de creuser la terre à la recherche des énergies futiles,
que l’on invente un Dieu pour chaque jour. Et une résistante
romantique
que l’on saurait aimer.
Je veux peindre le désir, l’amertume,
la connaissance, la mesure du temps.
L’oubli pour ne pas oublier,
la montagne pour survivre le désert,
l’océan pour savoir d’où je viens.
Je veux peindre la pensée des anges et le sein du silence.
Je veux peindre une rivière sans berges et un torrent sans lit,
je veux peindre la parole qui transgresse toutes les frontières,
la cadence de la vérité et la violence soumise,
le bord d’une route, un enfant qui traverse.
Je veux peindre les feux qui réchauffent les tribus et la froidure
du vent.
Je veux peindre la mémoire retrouvée,
le cri du ciel qui féconde les paradis.
L’obscurité de l’art et la version magique du chant des guerriers du soleil.
Je veux peindre le souvenir de Carthage, de Kahina,
l’olivier de Jugurtha pour interroger l’histoire.
Je veux peindre à capela
la fugue en ré mineur de Bach,
le rêve d’amour de Liszt
et la sonate au clair de lune sur la voix de Markunda.
Je veux peindre Roméo et Juliette. Tristan et Iseult, Porgy and Bess
parce qu’aucun amour ne saurait être oublié.
Je veux que mes couleurs parlent de l’indicible,
qu’elles expriment l’inexprimable.
Je veux qu’elles soient Poème juste dont le noyau déchire
l’écorce.
Je veux peindre les mains des voleurs de beauté,
le squelette du mal et les lichens d’Assekrem.
Je veux peindre la révolte
pour donner du pain au sourire des libertés.
Je veux peindre le contre-courant et l’aigle suspendu au ciel.
Je veux peindre le nu de la tristesse
et dévoiler les femmes habillées de détresse.
Je veux parler toutes les langues
pour expliquer l’existence aux poupées de roseau.
Je veux peindre sans frontières, marcher sur l’eau et naviguer
sur la mémoire.
Je suis SCHLAG !
Je veux peindre ce qui n’existe pas et qui ne ressemble plus à rien.
Je veux peindre l’invisible.
Advenir vivant

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